Aideà la lecture cursive de Les Caractères de La Bruyère. Résumés de plusieurs passages de l'oeuvre de La Bruyère, Les Caractères. Ces résumés, s'approchent souvent de l'analyse critique, et nous permettent ensuite, d'établir une définition d'un caractère selon La Bruyère. Pour introduire le sujet, le document est précédé d'un biographie de La Bruyère et
DE L'HOMMELa vie est un sommeil les vieillards sont ceux dont le sommeil a été plus long ; ils ne commencent à se réveiller que quand il faut mourir. S'ils repassent alors sur tout le cours de leurs années, ils ne trouvent souvent ni vertus ni actions louables qui les distinguent les unes des autres ; ils confondent leurs différents âges, ils n'y voient rien qui marque assez pour mesurer le temps qu'ils ont vécu. Ils ont eu un songe confus, informe, et sans aucune suite ; ils sentent néanmoins, comme ceux qui s'éveillent, qu'ils ont dormi longtemps. ED. 5.48Il n'y a pour l'homme que trois événements naître, vivre et mourir. Il ne se sent pas naître, il souffre à mourir, et il oublie de vivre. ED. 4.49Il y a un temps où la raison n'est pas encore, où l'on ne vit que par instinct, à la manière des animaux, et dont il ne reste dans la mémoire aucun vestige. Il y a un second temps où la raison se développe, où elle est formée, et où elle pourrait agir, si elle n'était pas obscurcie et comme éteinte par les vices de la complexion, et par un enchaînement de passions qui se succèdent les unes aux autres, et conduisent jusqu'au troisième et dernier âge. La raison, alors dans sa force, devrait produire ; mais elle est refroidie et ralentie par les années, par la maladie et la douleur, déconcertée ensuite par le désordre de la machine, qui est dans son déclin et ces temps néanmoins sont la vie de l'homme. ED. 4.50Les enfants sont hautains, dédaigneux, colères, envieux, curieux, intéressés, paresseux, volages, timides, intempérants, menteurs, dissimulés ; ils rient et pleurent facilement ; ils ont des joies immodérées et des afflictions amères sur de très petits sujets ; ils ne veulent point souffrir de mal, et aiment à en faire ils sont déjà des hommes. ÉD. 4.51Les enfants n'ont ni passé ni avenir, et ce qui ne nous arrive guère, ils jouissent du présent. ED. 4.52Le caractère de l'enfance paraît unique ; les mœurs, dans cet âge, sont assez les mêmes, et ce n'est qu'avec une curieuse attention qu'on en pénètre la différence elle augmente avec la raison, parce qu'avec celle-ci croissent les passions et les vices, qui seuls rendent les hommes si dissemblables entre eux, et si contraires à eux-mêmes. ED. 4.53Les enfants ont déjà de leur âme l'imagination et la mémoire, c'est-à-dire ce que les vieillards n'ont plus ; et ils en tirent un merveilleux usage pour les petits jeux et pour tous leurs amusements c'est par elles qu'ils répètent ce qu'ils ont entendu dire, qu'ils contrefont ce qu'ils ont vu faire, qu'ils sont de tous métiers, soit qu'ils s'occupent en effet à mille petits ouvrages, soit qu'ils imitent les divers artisans par le mouvement et par le geste ; qu'ils se trouvent à un grand festin, et y font bonne chère ; qu'ils se transportent dans des palais et dans des lieux enchantés ; que bien que seuls, ils se voient un riche équipage et un grand cortège ; qu'ils conduisent des armées, livrent bataille, et jouissent du plaisir de la victoire ; qu'ils parlent aux rois et aux plus grands princes ; qu'ils sont rois eux-mêmes, ont des sujets, possèdent des trésors, qu'ils peuvent faire de feuilles d'arbres ou de grains de sable ; et, ce qu'ils ignorent dans la suite de leur vie, savent à cet âge être les arbitres de leur fortune, et les maîtres de leur propre félicité. ED. 4.54Il n'y a nuls vices extérieurs et nuls défauts du corps qui ne soient aperçus par les enfants ; ils les saisissent d'une première vue, et ils savent les exprimer par des mots convenables on ne nomme point plus heureusement. Devenus hommes, ils sont chargés à leur tour de toutes les imperfections dont ils se sont moqués. ED. 4.
Résumédu document. Etude linéaire du fragment 22 du chapitre De la Cour dans Les Caractères de La Bruyère. L'on se couche à la cour et l'on se lève sur l'intérêt; c'est ce que l'on digère le matin et le soir, le jour et la nuit; c'est ce qui fait que l'on pense, que l'on parle, que l'on se tait, que l'on agit ; c'est dans cet esprit
NLM76DoyenJe fais un fil séparé pour les technos il ne s'agit pas de la même portion du livre, et le parcours est choisi La Bruyère en techno d'une part parce qu'il m'a semblé que le livre XI "Des hommes" pouvait leur parler — parce qu'il m'a parlé, et davantage que les livres précédents — et surtout parce que j'ai pensé que je galérerais moins en cherchant des textes pour le résumé-discussion sur ce je ne sais pas encore quels textes choisir pour les explic. Quelqu'un a déjà fait ce choix ?En attendant, je vais regarder ce qu'on trouve dans les du grip site ne renonça jamais à la question-clé quelle est, du point de vue de l'information, la différence entre les procédés grammaticaux observés ? Il n'entendait pas accepter une théorie non sémantique de la structure grammaticale et toute allusion défaitiste à la prétendue obscurité de la notion de sens lui paraissait elle-même obscure et dépourvue de sens.» [Roman Jakobson, Essais de linguistique générale, "La notion de signification grammaticale selon Boas" 1959]NLM76DoyenJe vois, sur le site de Michèle Tillard, qu'elle appelle les textes numérotés par La Bruyère des "remarques", les unes constituant des "maximes", les autres des "développements". Ça me semble pratique ; avez-vous un meilleur usage ?Bon, je crois que je vais choisir la remarque 3, sur le stoïcisme, et la remarque 35, "Irène", sur l'hygiène de vie et la médecine parce qu'elles me semblent très riches, et peuvent vraiment assez facilement leur parler à tous. D'autres idées ? à la modération peut-être vaudrait-il mieux fusionner les deux fils concernant La Bruyère au bac même si le programme est très différent, des questions comme la première que je pose dans ce message concernent les deux du grip site ne renonça jamais à la question-clé quelle est, du point de vue de l'information, la différence entre les procédés grammaticaux observés ? Il n'entendait pas accepter une théorie non sémantique de la structure grammaticale et toute allusion défaitiste à la prétendue obscurité de la notion de sens lui paraissait elle-même obscure et dépourvue de sens.» [Roman Jakobson, Essais de linguistique générale, "La notion de signification grammaticale selon Boas" 1959]NLM76DoyenQuelqu'un pour relire et critiquer ce document préparatoire pour l'explication de la remarque 3, sur le stoïcisme, à destination d'une première technologique ? En particulier les notes de bas de page ; mais aussi le choix du vocabulaire à faire du grip site ne renonça jamais à la question-clé quelle est, du point de vue de l'information, la différence entre les procédés grammaticaux observés ? Il n'entendait pas accepter une théorie non sémantique de la structure grammaticale et toute allusion défaitiste à la prétendue obscurité de la notion de sens lui paraissait elle-même obscure et dépourvue de sens.» [Roman Jakobson, Essais de linguistique générale, "La notion de signification grammaticale selon Boas" 1959]IphigénieDevinIl faudrait que je retrouve où Montaigne qui semble inspirer La Bruyère ici, se demande- à peu près de mémoire- "à quoi servent ces doctrines si pointues que nul ne peut s'y asseoir" NLM76DoyenOn peut aussi penser à la pinguis minerva "l'épaisse sagesse" que revendique Cicéron, face au sage idéal qui n'existe pas, dans L' du grip site ne renonça jamais à la question-clé quelle est, du point de vue de l'information, la différence entre les procédés grammaticaux observés ? Il n'entendait pas accepter une théorie non sémantique de la structure grammaticale et toute allusion défaitiste à la prétendue obscurité de la notion de sens lui paraissait elle-même obscure et dépourvue de sens.» [Roman Jakobson, Essais de linguistique générale, "La notion de signification grammaticale selon Boas" 1959]NLM76DoyenPersonne ici ? Je réfléchis à des sujets de contraction. Donnez-moi des idées de textes intéressants ! Pour l'instant, je leur ai donné en entraînement une remarque de La Bruyère, et le début du discours de Mukwege pour recevoir le du grip site ne renonça jamais à la question-clé quelle est, du point de vue de l'information, la différence entre les procédés grammaticaux observés ? Il n'entendait pas accepter une théorie non sémantique de la structure grammaticale et toute allusion défaitiste à la prétendue obscurité de la notion de sens lui paraissait elle-même obscure et dépourvue de sens.» [Roman Jakobson, Essais de linguistique générale, "La notion de signification grammaticale selon Boas" 1959]TivinouEsprit éclairéPetite question à celles et ceux qui ont choisi Les Caractères cette année êtes-vous satisfaits de votre choix ? Je suis en congé de formation professionnelle cette année et je vous avoue que j'ai du mal à choisir une œuvre parmi celles 1Bonjour, j’ai extrêmement besoin d’aide pour une dissertation. Je dois rédiger une seule partie partie1 et les autres parties sous forme de plan etc. C’est urgent svp!? Dans Le siècle des moralistes 2000 B. Parmentier écrit "L'univers social est livré au règne des apparences, qui sont réinvesties dans des manoeuvres de domination. L'apparence est le domaine des abus de pouvoir." Qu'en pensez-vous ?frimoussette77Monarque HasouH a écritBonjour, j’ai extrêmement besoin d’aide pour une dissertation. Je dois rédiger une seule partie partie1 et les autres parties sous forme de plan etc. C’est urgent svp!? Dans Le siècle des moralistes 2000 B. Parmentier écrit "L'univers social est livré au règne des apparences, qui sont réinvesties dans des manoeuvres de domination. L'apparence est le domaine des abus de pouvoir." Qu'en pensez-vous ? Si c'est urgent, mets-toi vite au travail. Courage !Hermione0908ModérateurHasouH Ce forum est réservé aux professionnels de l'Education Nationale et n'a pas vocation à faire de l'aide aux devoirs. Ton compte va être similairesDoute sur un passage des Caractères de La Bruyère[Article Nature du 27 mai 2015] Une nouvelle espèce humaine a été hommes sont-ils des êtres à part dans la nature ?La Bruyère et les Théobaldes HELP !Stagiaire CE2 - Faire peindre "à la manière de". Sauter versPermission de ce forumVous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
LesCaractères de La Bruyère I) Le mélange des genres A) L'essai (2 points) Un essai est un récit dans lequel l'auteur débat d'un sujet selon son point de vue. La Bruyère, dans "les Caractères" nous fait part de son opinion sur la souveraineté, il s'agit donc d'un essai. (Melina) Son implication est d'ailleurs montrée par l Méthode Méthode de la dissertation Les mots qui définissent le sujet sont un préalable nécessaire pour s’assurer que nous avons compris le sens du problème et éviter de s’écarter du sujet. La formulation du sujet On veut d’abord connaître la forme du sujet, ce qui pose généralement problème. -Cette question doit clarifier le sens d’un concept. Exemple l’art doit-il toujours […] Comment faire une dissertation ? En français, un essai est un exercice d’argumentation, divisé en 6 étapes. Nous vous expliquerons comment rédiger une dissertation de A à Z avec des exemples. Pour faire une dissertation, c’est très simple Lire et analyser le sujet Trouver la problématique Faire le plan de la dissertation Rédiger l’introduction Rédiger le développement Faire la conclusion Pour comprendre comment rédiger une […] Dissertation rédigée scolaire Objet d’étude convaincre, persuader et délibérer Bac français 2002, séries S et ES Texte étudié La Bruyère Les Caractères 1688, Du Souverain ou de la République » Encyclopédie 1750-1772, article Paix » Voltaire Dictionnaire philosophique 1764, article Guerre » Giraudoux La guerre de Troie n’aura pas lieu 1935 Les textes littéraires et les formes d’argumentation […]
Les+ de la collection • Tous les repères sur l’auteur et le contexte de l’œuvre • Des explications linéaires pour se préparer à l’oral • Le Dossier du lycéen avec tous les thèmes clés et les enjeux de l’œuvre et du parcours associé, des sujets de dissertation et des points de méthode pour préparer les élèves au Bac
Dissertation rédigée Les Caractères de La Bruyère pour l’objet d’étude Comédie sociale » En quoi l’ouvrage Les caractères est-il une dénonciation de la société du spectacle, par laquelle tout le monde joue un rôle pour duper autrui, et des vices humains ? Vous répondrez à cette question dans un développement structuré. Votre travail prendra appui sur Les caractères de La Bruyère, sur les textes et documents que vous avez étudiés en classe dans le cadre du parcours associé à cette œuvre et sur votre culture personnelle. INTRODUCTION LES CARACTERES Jean de la Bruyère se définissait comme un témoin privilégié de la comédie humaine », lui qui par son rôle de précepteur du Duc de Bourbon se situait au première loge du spectacle hypocrite des courtisans et des courtisés. Son expérience des hommes et de la société s’illustrera à travers son œuvre. Les Caractères » 1688, dans laquelle il y apparait moraliste pénétrant, satiriste plein d’ironie et styliste original. Auteur classique, il s’inscrit sous le patronage de Théophraste dont il prétend s’être inspiré. Pourtant, Les Caractères » est une œuvre complète dépeignant les passions de la génération versaillaise afin d’en corriger les défauts mais inaugurant également la critique littéraire moderne et les prémices d’une critique du système social et politique. Si le principe de l’œuvre provient de l’antiquité,.son propos vise surtout à souligner les défauts majeurs des individus de son époque. Comme il l’énonce dans sa préface, je rends au public ce qu’il m’a prêté, j’ai emprunté de lui la matière de cet ouvrage ». Dans quelle mesure La Bruyère parvient-il à se faire l’analyste des mœurs et de la psychologie humaine ? 1. Le contempteur du paraître dans la vie en société a Le grand siècle de la Vanité b Le rire et la satire des comportements démesurés 2. L’art d’écrire des vérités incarnées a La brièveté incisive du trait pour une plénitude du sens b La prétention à l’universel et à l’intemporel POUR TÉLÉCHARGER LE SUJET ENTIEREMENT RÉDIGÉ Pour aller plus loin sur La Bruyère La Bruyère Biographie et résumé des Caractères Pour réussir ton oral de français et ton grand oral du BAC, tu peux suivre notre formation en ligne Deviens éloquent !
Cest sur cet univers de faux-semblants que La Bruyère pose un regard aiguisé. Sa plume, d'une précision chirurgicale, dresse des portraits qui, en y regardant bien, se révèlent très proches OEUV INTEGR BAC - E-book - Epub fixed layout Une collection dédiée aux ouvres intégrales du BAC de Français 1re et à leurs parcours associés. Le Parcours associé La comédie sociale Voie... Lire la suite 2,99 € E-book - Epub fixed layout Vous pouvez lire cet ebook sur les supports de lecture suivants Téléchargement immédiat Dès validation de votre commande Offrir maintenant Ou planifier dans votre panier Une collection dédiée aux ouvres intégrales du BAC de Français 1re et à leurs parcours associés. Le Parcours associé La comédie sociale Voie générale . Résumé La Cour est un théâtre grandiose où se joue une comédie sociale orchestrée par des courtisans souvent aussi cruels que ridicules. C'est sur cet univers de faux-semblants que La Bruyère pose un regard aiguisé. Sa plume, d'une précision chirurgicale, dresse des portraits qui, en y regardant bien, se révèlent très proches de nous... Les + de la collection . Tous les repères sur l'auteur et le contexte de l'ouvre . Des explications linéaires pour se préparer à l'oral . Le Dossier du lycéen avec tous les thèmes clés et les enjeux de l'ouvre et du parcours associé, des sujets de dissertation et des points de méthode pour préparer les élèves au Bac de Français " Pour en savoir plus et pour télécharger gratuitement le livret pédagogique réservé exclusivement aux enseignants rendez-vous sur Date de parution 08/07/2021 Editeur ISBN 978-2-09-132113-4 EAN 9782091321134 Format Epub fixed layout Nb. de pages 224 pages Caractéristiques du format Epub fixed layout Pages 224 Taille 17 052 Ko Protection num. Digital Watermarking
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1La question des âges de la vie successifs fait partie des quelques passages obligés d’une réflexion de moraliste, et se voit régulièrement surdéterminée par les filtres conceptuels de l’anthropologie classique, et en particulier par la théorie des humeurs, qu’on sait baignée d’imaginaire la jeunesse est le temps de la chaleur, de la vivacité du sang, l’âge adulte parvient à un fragile tempérament des différentes composantes chimiques de sa personnalité, et la vieillesse est un refroidissement général du corps, qui préfigure tragiquement l’inertie sans retour du cadavre [1]. La Bruyère, dans le chapitre XI De l’Homme » des Caractères [2], le plus général peut-être, le plus long aussi, et certainement l’un des plus libres et des plus foisonnants, ne manque pas de s’inscrire dans cette tradition littéraire bien attestée – ou, pour mieux dire, dans cette topique –, en livrant ses propres considérations sur les deux âges extrêmes qui délimitent négativement la norme a priori de l’âge adulte, cible privilégiée du volume dans son ensemble. Plusieurs remarques » successives 36 à 47 focalisent ainsi l’attention du lecteur sur la vieillesse, présentée comme une initiation douloureuse à l’inéluctable survenue de la mort beaucoup datent de la cinquième édition, mais s’y intercalent aussi des réflexions plus tardives sixième édition ou plus précoces première édition. 2Suivent immédiatement les remarques consacrées à l’enfance 48 à 59, qui, en revanche, constituent très précisément ce que M. Escola a appelé une série », c’est-à-dire un groupe de textes dont l’unité se fonde non seulement sur des affinités thématiques – critère nécessairement flou et souvent délicat à manier –, mais surtout sur une solidarité de destin » [3], objectivement repérable à l’aide de considérations génétiques. Toutes en effet ont été intégrées à la quatrième édition, en bloc, d’un seul élan ; le groupe a été ensuite maintenu solidaire, sans jamais se voir brisé par l’introduction de remarques externes. À bien y regarder, on constate même que la série génétique, activement construite par le lecteur, excède légèrement le simple rapprochement thématique, saisi dans une lecture plus passive et plus soumise aux apparences immédiates, dans la mesure où les remarques 48 et 49 portent, globalement, sur les trois principaux âges de la vie, constituant ainsi une manière de transition, avant que l’examen ne se fasse plus précis, comme le signale l’anaphore lancinante sur les enfants » 50, 51, 53, 56, 57. L’étude de l’enfant apparaît donc sous la plume de La Bruyère comme une unité compacte, insécable, profondément cohérente il n’y a ici assurément nul arbitraire dans l’agencement concret du texte, mais bien plutôt le signe clair d’une stratégie d’attaque réfléchie et méthodique. Or le discours du moraliste sur ce point a été, curieusement, bien délaissé par la critique, alors même que bon nombre de travaux portent désormais sur l’enfance dans la littérature de l’âge classique [4]. Perçu comme farouchement hostile aux enfants, La Bruyère y fait parfois figure de simple repoussoir permettant de souligner la position supposée plus souple d’autres auteurs ; ainsi, Collinet explique que La Fontaine n’y met pas le maussade acharnement d’un La Bruyère » [5], et selon S. Gadhoum Furetière n’est pas un moraliste tel La Bruyère dont on connaît les diatribes contre les enfants » [6]. À cela, on peut répondre, d’une part, que le discours de La Bruyère sur l’enfance ne se réduit pas à la remarque 50, la seule qui soit volontiers alléguée ; d’autre part, que, à bien y regarder, même cette remarque ne constitue pas une sévère condamnation des enfants, mais bien plutôt des adultes [7]. La célèbre clausule ils sont déjà des hommes » est en effet la mineure d’un enthymème qui laisse entrevoir une majeure cruelle pour l’âge adulte [les hommes sont détestables] ; or les enfants sont des hommes ; donc les enfants sont détestables. La Bruyère inverse simplement l’ordre canonique des propositions, en commençant par la conclusion, pour mieux conduire son lecteur à remonter, par étapes, à la majeure présente dans l’absence. La vraie cible n’est donc pas celle que l’on croit l’enfance n’est jamais que prétexte à porter le coup. LIMITATIONS ET PUISSANCE 3On sait que l’enfant porte une limitation essentielle dans la constitution morphologique originelle de son propre nom in-fans, celui qui ne parle pas encore ». Il y a donc en lui, tel que le perçoit l’imaginaire collectif, une coupure essentielle, presque une castration symbolique il est saisi négativement, en creux pourrait-on dire, non par ce qu’il peut faire mais au contraire par les procès qui lui échappent. L’enfant est, ontologiquement et inévitablement, un actant incomplet, par essence inapte à assumer les prédicats qui fondent la dignité supposée de l’adulte. H. Cazes observe ainsi que l’enfant est l’objet de discours qui ne sont jamais les siens et qu’il ne possède, justement, qu’au sortir de l’enfance » [8]. De là, peut-être, ce malaise verbal que suscite l’enfance, et que tous les commentateurs ont relevé, avec une cohérence parfaite et troublante, dans la littérature du XVIIe siècle. Un rapport problématique au langage paraît induire une difficulté à dire l’enfant, comme s’il était malaisé de parler de celui qui ne parle pas [9] d’une façon générale, pour A. L. Franchetti, c’est l’absence du thème de l’enfance qui marque surtout la littérature de cette époque » [10]. Le discours critique devient collégial et, d’un essai à l’autre, une structure fixe se dégage, qui conduit du constat liminaire de l’apparente rareté de l’enfant dans un genre déterminé au dévoilement de sa présence insoupçonnée [11]. Ainsi, les mémoires sont avares de souvenirs d’enfance » [12] ; pour le théâtre, l’enfant, à première vue, n’y a pas sa place » [13] ; la nouvelle est de prime abord un univers où l’enfant n’a pas sa place » [14] ; jusque dans le conte, ce qui est a priori plus surprenant, en tant que personnage actant, il est le grand absent » [15]. Le constat est unanime il semble qu’il y ait quelque chose d’obstinément indicible dans l’enfant, et que le premier réflexe d’une littérature adulte soit de l’écarter. 4On comprend aussi, dans ces conditions, que cet âge de la vie soit décrit essentiellement sous le régime de la négation il y a là une confirmation stylistique des promesses latentes du mot. Cette malédiction de l’incapacité se décline sous la plume de La Bruyère en un versant strictement morphologique dédaigneux », intempérants », joies immodérées », 50 ; indolence », 55 et en un versant syntaxique il ne se sent pas naître », 48 ; un temps où la raison n’est pas encore », 49 ; n’ont ni passé ni avenir », 51 ; sans une longue expérience », 58. Il faudrait réserver une place particulière à la négation dite exceptive » ou restrictive », qui saisit non l’absence de validation d’un fait, mais la limitation dommageable de son champ d’application l’on ne vit que par instinct » 49, qui ne roule que sur le plaisir » 57. On voit que ce qui est ainsi vertement dénoncé comme contrefactuel et refoulé à regret dans le virtuel, ce sont essentiellement les qualités placées sous le signe de la vertu modération », tempérance » et les procès de perception dénotant la prise de conscience et la lucidité sentir », la raison » . Cette limitation grammaticale trouve son corrélat spatial dans la récurrence de l’adjectif petit », qui semble affecter tout ce qui concerne l’enfant, comme par une manière de contagion métonymique, l’enfermant ainsi dans la regrettable spirale du médiocre, mais lui attribuant aussi, du même élan, un monde idéalement adapté à son échelle très petits sujets » 50, petits jeux » 53, petites lois » 57, petites choses » 58. 5On aurait grand tort de conclure de tout cela à une sévérité particulière de La Bruyère à l’encontre de cet âge de la vie, qui, à tout prendre, se voit sans doute jugé moins durement que les autres. L’adulte n’a pas le regard plus affûté que l’enfant, loin s’en faut il oublie de vivre » 48, ce qui signifie que son existence n’est jamais qu’impalpable virtualité. Les évolutions prévisibles avec l’avancée en âge ne sont nullement des améliorations Ce qu’ils ignorent dans la suite de leur vie, [ils] savent [...] être les arbitres de leur fortune » 53, devenus hommes, ils sont chargés à leur tour de toutes les imperfections dont ils se sont moqués » 54. Grandir, c’est inévitablement se dégrader le seul horizon de la croissance, c’est le pire. Les verbes de progrès ou de transformation se voient ainsi appliqués à des référents moralement répréhensibles un enchaînement de passions qui se succèdent les unes aux autres » 49, croissent les passions et les vices » 52. C’est une mécanique impersonnelle et irrépressible d’engendrement du vice qui se dévoile ici. La remarque 49 nivelle de même par le bas la succession faussement ascendante des âges de la vie en définitive jamais la vertu ne s’impose. Le premier temps » en effet est incomplet de manière constitutive puisque, la raison n’est pas encore » ; le second, où elle apparaît, n’offre pour autant aucun progrès réel, puisque son action est évoquée au moyen d’un système hypothétique à l’irréel qui en fait une simple vue de l’esprit, démentie par les faits la raison [...] pourrait agir, si elle n’était pas obscurcie et comme éteinte par les vices de la complexion » ; enfin, le troisième maintient la virtualisation par l’emploi du conditionnel, qui suspend la valeur de vérité du procès la raison [...] devrait produire ; mais elle est refroidie et ralentie » . Tels sont les trois états, aux effets rigoureusement similaires, de la raison humaine inexistante, inopérante, impuissante [16]. D’un âge au suivant, la vie morale est placée sous le signe monochrome de l’échec. 6On le conçoit quand une comparaison est conduite entre les deux bornes extrêmes de la vie humaine, elle est nettement à l’avantage de l’enfant, puisqu’elle souligne une possession précoce par le contraste avec une privation irrrévocable, en opposant deux formes, positive et négative, du même verbe Les enfants ont déjà de leur âme l’imagination et la mémoire, c’est-à-dire ce que les vieillards n’ont plus » 53. L’adverbe déjà », qui atteste une accélération sensible du rythme du temps, selon laquelle les promesses du devenir sont presque acquises d’emblée, apparaît également dans la remarque 50, faisant de l’enfant un être pleinement accompli avant l’heure, c’est-à-dire, aux yeux de La Bruyère, pleinement méprisable, le vice s’avérant autrement précoce que la vertu, loin des mirages complaisants de l’idéalisme rétrospectif Ils sont déjà des hommes ». Plus généralement, il y a chez les enfants une forme de lucidité morale paradoxale et spontanée, qui se perd ensuite inéluctablement ils voient plus et mieux que les hommes, ne semblent guère sujets à l’erreur d’appréciation, et font preuve en toutes choses d’un discernement natif, instinctif, à la fois fruste encore et efficace déjà. La Bruyère note ainsi qu’ils savent précisément et mieux que personne ce qu’ils méritent » 59, et qu’il n’y a nuls vices extérieurs et nuls défauts du corps » qui leur échappent et qu’ils ne saisissent d’une première vue » 54. 7Mais, plus encore que sur la justesse du regard, la puissance réelle de l’enfant réside selon le moraliste dans la mémoire », qui ravive aux yeux de l’esprit l’expérience passée, et dans l’ imagination », qui ouvre de délectables possibles à l’avenir rêvé 53. C’est par le jeu de ces deux facultés, complémentaires par leurs orientations respectives, que l’enfant rend merveilleux » son univers, faisant surgir des référents les plus triviaux une féerie inattendue et euphorique. En ce sens, l’enfant dément radicalement l’étymologie de son nom, conduisant une révolte anticratylique du référent concret contre le signifié construit abstraitement par la langue s’il est originellement censé être le contraire absolu de la fée, cet être de parole » [17] qui tire sa puissance magique de sa maîtrise d’un verbe pleinement performatif, il semble bien au contraire s’en approprier pleinement les pouvoirs évocateurs. Le moraliste dissimule mal en effet sa fascination pour les conventions préludiques », généralement formulées à l’imparfait ou au conditionnel, qui balisent l’espace imaginaire du jeu et transfigurent la petitesse du réel pour construire un rêve de grandeur, certes ontologiquement illusoire, mais subjectivement charmant [C’est par l’imagination et la mémoire] qu’ils se trouvent à un grand festin, et y font bonne chère ; qu’ils se transportent dans des palais et dans des lieux enchantés ; que, bien que seuls, ils se voient un riche équipage et un grand cortège ; qu’ils conduisent des armées, livrent bataille, et jouissent du plaisir de la victoire ; qu’ils parlent aux rois et aux plus grands princes ; qu’ils sont rois eux-mêmes, ont des sujets, possèdent des trésors, qu’ils peuvent faire de feuilles d’arbres ou de grains de sable [...]. 8Il y a donc chez La Bruyère, à l’égard de l’enfance, un mélange confus – peut-être contradictoire – de critique et d’attrait, de rejet et d’adhésion. Malgré ses tares – qui ne lui appartiennent pas en propre, mais qu’elle emprunte à d’autres âges –, l’enfance le charme ou l’amuse. Il n’y a en lui ni idéalisme ni insensibilité plutôt quelque distance intriguée. Tels qu’il les voit, les enfants atteignent par leur seul usage de la parole préludique une forme prodigieuse d’ubiquité ils se transportent dans des palais et dans des lieux enchantés » , ignorent superbement le principe, toujours contraignant aux yeux de l’adulte, de non-contradiction bien que seuls, ils se voient un riche équipage » , et transgressent avec une aisance déconcertante les écarts chronologiques et sociaux les plus prononcés ils sont rois eux-mêmes » . Le tiroir du présent, en modalité assertive, véhicule un présupposé de vérité des procès [18] ce sont, semble-t-il, des faits authentiques qui sont relevés, en un constat froidement descriptif, comme si l’écrivain lui-même faisait siennes les rêveries infantiles. La récurrence obsessionnelle de l’adjectif grand » atteste qu’au fond l’enfant ne s’accepte pas comme tel, et qu’il n’aspire qu’à se nier lui-même en devenant adulte, il est vrai ; mais il a du moins le courage de s’investir totalement dans ses fantasmes. Ce bovarysme avant l’heure, nourri aux contes merveilleux et aux récits épiques, n’est pas dénoncé pour sa vanité intrinsèque, n’en doutons pas il faut lire bien plutôt ici le regret d’une euphorie perdue, avant que les pressions implacables du principe de réalité ne viennent restreindre définitivement le champ du vécu aux évidences sordides du hic et nunc. L’enfant vit dans la fiction et le sait [19] ; l’adulte, tel que le présentent souvent Les Caractères, se berce tout aussi volontiers d’imaginaire, mais sans en avoir une claire conscience. ÉTRANGETÉ ET FAMILIARITÉ 9Ces quelques remarques sur les enfants ont une généralité et une abstraction qui peuvent surprendre de la part d’un maître du détail saisi sur le vif. Nul portrait individuel ici, nulle figure nettement identifiée, nulle fiction de personnage, pas davantage de dialogue, d’interpellation directe, de prise à partie l’enfant n’est saisi que de loin, à la troisième personne et au pluriel, en une masse collective et indifférenciée, comme un être à ce point étrange que toute empathie virtuelle est bloquée. Il est vrai que le volume est écrit par un adulte pour les adultes la scène d’énonciation impose originellement à l’enfant un simple rôle de thème délocuté [20]. Mais il y a plus B. Roukhomovsky, étudiant la topique, assurément centrale dans le volume, du monstre de foire, estime qu’on n’a pas suffisamment pris la mesure [...] de la part de l’étrange dans l’esthétique de La Bruyère » [21], et il semble que l’enfant soit l’un des lieux de plus forte condensation de cette inflexion générale. C’est un être proche encore des animaux » [22] 49 et pourtant manifestement contre nature, au sens où convergent en lui des postulations a priori inconciliables, cette coincidentia oppositorum, moralement et logiquement scandaleuse, construisant une manière d’oxymore biologiquement incarné. Mais – et c’est là toute la cruauté narquoise de la leçon du moraliste –, loin que cette étrangeté distingue nettement l’enfant de l’adulte, elle paraît constituer le point de rencontre le plus sûr entre ces deux âges. L’enfant, par son éloignement intrinsèque, est un poste d’observation privilégié des faiblesses de l’adulte, qu’une trop grande proximité nous empêche de saisir directement ; c’est un dispositif optique stratégiquement agencé et savamment paradoxal, où l’apparent détour n’est jamais qu’un retour plus retors [23]. 10Ainsi, l’enfant est bifrons au même titre que l’adulte, mais ce caractère est plus accusé, plus immédiatement visible, chez lui. Les mêmes êtres qui, en général, font preuve de paresse », d’ indolence » et d’ oisiveté » se révèlent dans le cadre du jeu, c’est-à-dire de l’activité par nature la moins cruciale, vifs, appliqués, exacts, amoureux des règles et de la symétrie », ce qui atteste clairement que, devenus adultes, ils pourront un jour négliger leurs devoirs, mais qu’ils n’oublieront rien pour leurs plaisirs » 55. Le chiasme enregistre ici le désordre du réel c’est proprement un monde à l’envers qui est promis aux enfants ; et la connotation de certitude indubitable véhiculée par le futur évacue d’emblée tout espace de latitude dans ce devenir objectivement imposé par la nature des choses. Le même procédé se manifeste dans la remarque 50, la plus célèbre assurément, et la plus habile probablement, de la série Les enfants sont hautains, dédaigneux, colères, envieux, curieux, intéressés, paresseux, volages, timides, intempérants, menteurs, dissimulés ; ils rient et pleurent facilement ; ils ont des joies immodérées et des afflictions amères sur de très petits sujets ; ils ne veulent point souffrir de mal, et aiment à en faire ils sont déjà des hommes. 11Le lecteur est naturellement enclin à juger avec la plus grande sévérité ce monstre odieux qu’on lui présente, jusqu’à ce qu’il comprenne que c’est de lui-même qu’il s’agit. Les prédicats attributifs initiaux, si complaisamment accumulés par le moraliste, et dont l’orientation péjorative semble accusée encore par le jeu lancinant de cette homophonie finale que la rhétorique appelle homéotéleute » [24], constituent une charge en règle, dont la chute saisissante et inattendue – ce que J. Hellegouarc’h nomme, d’une formule hautement suggestive, l’ effet de guillotine » [25] – préserve l’efficacité mais détourne la visée. Tout ce qui semblait devoir éloigner l’enfant de l’adulte signe en définitive leur identité insoupçonnée, dont le principe, révélé dans un second temps par les prédicats verbaux, est la jonction étonnante d’éléments diamétralement opposés, que souligne la valeur discrètement adversative de la conjonction et » [26], expression ténue d’une incapacité radicale de la raison et de la conscience morale à embrasser conjointement l’euphorie et la dysphorie, ou la crainte de souffrir et le goût de nuire. Lieu du contraste qualitatif, l’enfant est aussi celui de la disproportion quantitative, comme l’atteste la disjonction sensible entre une cause intrinsèquement dérisoire de très petits sujets » et les conséquences démesurées qu’elle entraîne des joies immodérées et des afflictions amères » . L’enfant est certes proprement absurde, c’est un véritable monstre logique, nous dit le moraliste, mais vous auriez grand tort de vous croire différents de lui ce ils » anonyme est en somme un vous » déguisé, selon une manière d’énallage de personne subreptice, qui donne de la vigueur au coup porté sous couvert de le dévier. 12Le rapport de l’enfant à l’adulte, on l’aura compris, relève d’une dialectique incertaine du même et de l’autre [27]. L’étrangeté constitutive de l’enfant, c’est aussi l’ambiguïté foncière de tout reflet, cette image à la fois objectivement semblable et irréductiblement différente. D’une part, les différences avec l’âge adulte sont accusées, en particulier un rapport au temps spécifique. Pour l’enfant, en effet, le présent existe bel et bien, le hic et nunc est même sa seule réalité, tandis que l’adulte flotte constamment hors du temps, inapte à saisir l’instant présent et définitivement condamné à l’insatisfaction Les enfants n’ont ni passé ni avenir, et, ce qui ne nous arrive guère, ils jouissent du présent. 51 13L’inadéquation, le décalage, le porte-à-faux sont le sort commun des adultes, au sein desquels La Bruyère prend soin de se ranger lui-même nous » leur vie leur échappe. De fait, les personnages du moraliste, on le sait, sont souvent foncièrement anachroniques, au sens où ils semblent détachés des exigences immédiates du contexte situationnel, à l’image d’un Ménalque XI, 7 dont les répliques et les agissements sont systématiquement inadaptés aux circonstances, et qui vit dans le présent un autre temps, ou encore [qui] vit un autre temps au présent » [28], voire d’un Hermagoras V, 74 qui se réfugie définitivement dans une érudition ludique et imaginaire par mépris pour le réel contingent. 14D’autre part, en parallèle, le moraliste ne cesse de renvoyer dos à dos l’adulte et l’enfant, en décelant dans celui-ci l’image grossière – proprement la caricature – de celui-là au fond, mêmes faiblesses, mêmes fautes, mêmes obsessions [29]. Les enfants offrent par exemple un saisissant concentré, sur un tempo simplement accéléré, des fluctuations du régime politique ou de la vie sociale Les enfants commencent entre eux par l’état populaire, chacun y est le maître ; et ce qui est bien naturel, ils ne s’en accommodent pas longtemps, et passent au monarchique. Quelqu’un se distingue, ou par une plus grande vivacité, ou par une meilleure disposition du corps, ou par une connaissance plus exacte des jeux différents et des petites lois qui les composent ; les autres lui défèrent, et il se forme alors un gouvernement absolu qui ne roule que sur le plaisir. 57 15La société des enfants est proprement le modèle réduit de celle des adultes ses proportions sont plus modestes, mais une étroite homologie de structure l’unit à son aînée. Le présent gnomique, qui pose la vérité contraignante et intemporelle des propositions, enregistre formellement une manière de fatalité de la reproduction le monde des adultes, avec ses faiblesses et ses mesquineries intrinsèques, est le seul devenir envisageable pour son corrélat enfantin, et le parcours suivi, apparemment aléatoire, est en réalité étroitement balisé. Dans le monde imaginaire des Caractères, où règnent le travestissement et l’imitation [30], les enfants s’approprient spontanément les comportements adultes, et ce faisant en exposent le ridicule latent, tel un miroir prétendument déformant que nous tendrait le moraliste en riant d’eux, nous rions de nous. 16La Bruyère a donc soin de multiplier les vecteurs d’assimilation entre ces deux classes de référents indûment distinguées et hiérarchisées par la doxa la fonction attribut ils sont déjà des hommes », 50, les métaphores de la mascarade ils contrefont ce qu’ils ont vu faire », 53 ou des augures présages certains », 55, ou l’adjectif indéfini de l’identité par la même raison », 56. Il joue également sur le sens des mots, avec une grande finesse dans la cruauté Aux enfants tout paraît grand, les cours, les jardins, les édifices, les meubles, les hommes, les animaux ; aux hommes les choses du monde paraissent ainsi, et j’ose dire par la même raison, parce qu’ils sont petits. 56 17De même que dans le portrait d’Arsène I, 24 [31], effrayé de [la] petitesse » de ses semblables parce qu’il croit pouvoir prendre de la hauteur, l’illusion d’optique, qui se manifeste par une pure distorsion quantitative, est ici liée à une inadéquation fondamentale du point de vue adopté le sens de la déformation visuelle s’inverse mais son principe demeure identique, car la grandeur » feinte dépend davantage du sujet percevant que de l’objet perçu. Mais La Bruyère, par la technique du parallèle, place à dessein sur le même plan deux réalités bien distinctes l’adjectif petits », appliqué conjointement aux enfants et aux adultes, n’a pas la même signification dans les deux cas, il est donc le lieu de ce que la rhétorique appelle une syllepse ». Petits, les enfants le sont au sens propre, matériel, objectivement volumétrique et par là moralement anodin. Si les adultes le sont aussi, à leur manière, c’est, figurément, par la mesquinerie, la bassesse et la trivialité de leurs inclinations. Le passage par l’enfant n’est donc pas autre chose, pour La Bruyère, qu’un accès stratégique à sa cible réelle en quelque sorte, l’Autre revient au Même » [32]. Il est troublant de relever à cet égard que l’adverbe déjà », dont nous parlions plus haut, a en commun avec son antonyme pas encore » la raison n’est pas encore », 49 de saisir l’enfant non en lui-même, mais en référence implicite à un point de repère fixe, au regard duquel tout s’organise, et qui est l’âge adulte l’enfant se définit négativement par opposition avec son devenir, comme si, à la limite, il n’avait pas à proprement parler de réalité intrinsèque et n’était que le terme abstrait d’une relation [33]. 18Ce contrepoint permanent, cette saisie spéculaire, atteste que l’enfant ne vaut pas pour lui-même, qu’il n’est abordé que de biais et pour ainsi dire en creux c’est une utilité morale, c’est une stratégie de dénonciation, c’est une ruse qui feint d’éloigner le regard critique pour mieux le focaliser sur la sphère immédiate. La réflexion sur les âges de la vie conduit ainsi étrangement à l’abolition des différences, et presque du temps au fond, pour La Bruyère, l’homme est toujours semblable à lui-même, et demeure le lieu permanent du pire. En définitive, ce qu’évacue ce long discours sur l’enfant, c’est contre toute attente, semble-t-il, l’enfant lui-même... Notes [1] Pour une synthèse générale sur cette question, voir P. Ariès, L’enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime [1960], rééd. Paris, Le Seuil, coll. Points Histoire », 1973, p. 29-52. Pour un exemple d’application à la littérature morale, voir É. Tourrette, Le moraliste et le vieillard », dans A. Montandon dir., Écrire le vieillir, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise-Pascal, 2005, p. 59-69. [2] Nous citons d’après l’édition de P. Soler, dans Moralistes du XVIIe siècle, sous la direction de J. Lafond, Paris, Robert Laffont, coll. Bouquins », 1992. [3] M. Escola, La Bruyère, Paris, Champion, 2001, t. 2, p. 55 ; souligné par l’auteur. [4] Voir A. Mansau dir., Enfance et littérature au XVIIe siècle, Littératures classiques no 14, janvier 1991 ; A. Defrance, D. Lopez et Ruggiu dir., Regards sur l’enfance au XVIIe siècle, Tübingen, Gunter Narr, coll. Biblio 17 », no 172, 2007 ; H. Cazes dir., Histoires d’enfants. Représentations et discours de l’enfance sous l’Ancien Régime, Québec, Presses de l’Université Laval, coll. République des Lettres / Symposiums », 2008. [5] Collinet, La Fontaine et l’enfance », Enfance et littérature au XVIIe siècle, op. cit., p. 133. [6] S. Gadhoum, L’enfant dans la société classique une promenade édifiante dans le Dictionnaire d’Antoine Furetière », Regards sur l’enfance au XVIIe siècle, op. cit., p. 292. [7] Nous rejoignons sur ce point Ganna Ottevaere-Van Praag, qui décrit la version réduite d’une humanité déjà infirme cf. La Bruyère pour qui l’enfant naît vieux » À l’aube de la littérature enfantine Formes narratives de la mise en garde à l’usage des jeunes », Enfance et littérature au XVIIe siècle, op. cit., p. 107. Lucie Desjardins note, de même Un parallèle encore plus suivi, mais peut-être aussi plus cynique, chez La Bruyère qui, dans une sorte de renversement, constate que les enfants ont déjà tous les défauts de l’adulte » Les caractères des enfants entre médecine, morale et portrait », Histoires d’enfants, op. cit., p. 51. [8] H. Cazes, Miroirs de l’enfance », Histoires d’enfants, op. cit., p. XIII. Nos propres analyses recoupent sur de nombreux points celles d’Hélène Cazes, dont nous n’avions pas connaissance lors de la rédaction de la première version de cet article. [9] Rappelons toutefois que Philippe Ariès propose d’autres explications de ce phénomène. Selon lui, une forte mortalité infantile explique un sentiment d’indifférence à l’égard d’une enfance trop fragile, où le déchet est trop grand » op. cit., p. 61 il y aurait là une distance sécurisante, destinée à parer à l’avance aux probables souffrances à venir. Peut-être aussi est-ce la trace d’une indistinction plus ancienne des âges de la vie. Observant qu’au Moyen Âge les enfants portaient des vêtements semblables à ceux des adultes, hormis pour la taille, Philippe Ariès ajoute en effet que le costume prouve combien, dans la réalité des mœurs, l’enfance était alors peu particularisée » p. 75. Comment parler de ce qui n’est pas clairement perçu dans sa spécificité ? [10] A. L. Franchetti, L’enfant dans l’art présences et absences », Enfance et littérature au XVIIe siècle, op. cit., p. 23. Hélène Cazes note de même que le discours sur l’enfance paraît exceptionnel » art. cité, p. XIII. La position de Jean-Pierre Van Elslande est plus nuancée Les enfants abondent dans la littérature des XVIe et XVIIe siècles, mais ils s’y trouvent dispersés » Imiter et désobéir les enfants dans la littérature pré-moderne, XVIe-XVIIe siècles », Regards sur l’enfance au XVIIe siècle, op. cit., p. 46. [11] Une étude de Patricia Gauthier fait curieusement exception Un premier constat s’impose les enfants sont bien présents dans les récits utopiques » L’enfant vu par les utopistes du règne de Louis XIV », Regards sur l’enfance au XVIIe siècle, op. cit., p. 295. [12] Fr. Charbonneau, “Les petites choses de mon enfance” ou l’élaboration d’une écriture de l’âge tendre dans trois mémoires d’Ancien Régime », Histoires d’enfants, op. cit., p. 249. Cf. A. L. Franchetti On chercherait en vain chez les mémorialistes qui, à cette époque, ne relatent que les faits d’intérêt public » art. cité, p. 24 ; Patrizia Oppici Les biographies et les autobiographies de l’époque, qui, on le sait, n’accordent généralement pas beaucoup d’importance à la période enfantine » L’enfant-modèle et le modèle de l’enfance dans la littérature religieuse du XVIIe siècle », Enfance et littérature au XVIIe siècle, op. cit., p. 204. [13] J. Émelina, L’enfant dans le théâtre du XVIIe siècle », Enfance et littérature au XVIIe siècle, op. cit., p. 79. Cf. R. Garrette On ne se soucie guère d’exhiber des enfants sur le théâtre » Joas âge et langage de l’enfant racinien », ibid., p. 67. [14] Fr. Gevrey, L’enfance du héros dans la nouvelle classique », ibid., p. 151. [15] A. Defrance, L’enfant dans le conte de fées littéraire 1690-1715 », Regards sur l’enfance au XVIIe siècle, op. cit., p. 265. [16] Cf. ce que Renée-Claude Breitenstein note au sujet de Rabelais Il y a – et là réside toute la différence – une animalité de l’enfance, qui est absence de raison, et une animalité de l’âge adulte, qui est déraison » De Gargantua à Eudémon la parole enfantine chez Rabelais », Histoires d’enfants, op. cit., p. 188. [17] Saint-Gérand, Morales du style, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 1993, p. 150. [18] Selon John R. Searle, par exemple, asserter, affirmer, dire que p, revient à exprimer la croyance que p » Les actes de langage, Paris, Hermann, 1972, p. 107 ; souligné par l’auteur. [19] Certes passionné, le jeu n’en reste pas moins pleinement conscient, et ne saurait être assimilé à une forme de schizophrénie les remarques 55 et 57 signalent sans ambiguïté l’importance des règles » ou des lois » pour les enfants. [20] Nous rejoignons ici Hélène Cazes, qui observe que l’enfant semble n’être perceptible que dans les conceptions qu’en forme autrui » art. cité, p. XIII. [21] B. Roukhomovsky, Les Caractères » de La Bruyère ou la cérémonie burlesque. Du théâtre du monde au monde à la renverse, thèse, Université de Paris X, 1997, p. 44 ; souligné par l’auteur. [22] L’animalité supposée de l’enfant est un topos abondamment sollicité, dans les textes de l’âge classique comme dans les gloses des commentateurs. Pour Philippe Ariès, par exemple, on s’amusait avec lui comme avec un animal, un petit singe impudique » op. cit., p. 6. L’originalité de La Bruyère réside peut-être en ceci que loin de creuser l’écart, comme chez d’autres auteurs, entre l’enfant et l’adulte, chez lui l’animalité tendrait plutôt à l’annuler elle n’est que la forme ponctuelle d’un état structurellement permanent. [23] Emmanuel Bury a montré dans son édition des Caractères Paris, Le Livre de poche, 1995, p. 28 que pour La Bruyère tout est [...] une question d’optique ». Plus généralement, la question de l’optique des moralistes est au cœur des débats critiques actuels. Voir B. Roukhomovsky dir., L’optique des moralistes de Montaigne à Chamfort. Actes du Colloque international de Grenoble, Université Stendhal, mars 2003, Paris, Champion, 2005. [24] On relève d’une part un écho entre intéressés » et dissimulés », d’autre part la longue série dédaigneux », envieux », curieux », paresseux » et menteurs ». Ce dernier mot est en effet couramment prononcé au XVIIe siècle sans [R] et avec une voyelle fermée, d’où le féminin menteuse » voir É. et J. Bourciez, Phonétique française. Étude historique, Paris, Klincksieck, 1978, p. 184. À défaut du timbre, la seule nasalité permet par ailleurs de rapprocher les voyelles finales respectives de hautains » et intempérants ». Ces récurrences phoniques soulignent sensiblement l’effet de liste et dressent, par la seule pression du microsystème, le fantasme d’un suffixe -eux homogène et intrinsèquement péjoratif, tout en suggérant peut-être discrètement une incapacité à évoluer, à progresser dans la bonne voie. [25] J. Hellegouarc’h, La phrase dans Les Caractères de La Bruyère. Schémas et effets, Paris, Champion, 1975, passim, notamment p. 310, où la métaphore est filée ton tranchant », brusquement », tomber brutalement ». [26] Sur le rôle central, trop longtemps méconnu, des conjonctions de coordination dans la pratique stylistique de La Bruyère, voir C. Badiou-Monferran, Les conjonctions de coordination ou l’art de lier ses pensées » chez La Bruyère, Paris, Champion, 2000. [27] Sur ce point encore, nous rejoignons Hélène Cazes Participant à la fois de l’Autre et du Même, la figure de l’enfant est bien souvent le détour qu’empruntent la pensée de soi et la formulation de la norme » art. cité, p. XVIII. [28] G. Romeyer-Dherbey, Temps et contretemps chez La Bruyère », Revue d’histoire littéraire de la France, mai-juin 1984, p. 367. Claire Badiou-Monferran parvient à des conclusions voisines Ménalque [...] serait véritablement honnête homme si son argumentation n’était pas contextuellement déviante » op. cit., p. 464. Rappelons aussi que l’un des meilleurs imitateurs de La Bruyère, l’abbé Jean-Baptiste Morvan de Bellegarde, consacre un chapitre entier à la question Des Contretems » dans ses Reflexions sur le ridicule, et sur les moyens de l’eviter 2e éd., Paris, Jean Guignard, 1697, p. 370-398. [29] En d’autres termes, les remarques de La Bruyère ont quelque chose d’inévitablement déceptif dans la mesure où elles refusent de dégager ces différences qui naissent de l’âge » Lucie Desjardins, art. cité, p. 53-54. Le caractère de l’enfance, s’il existe, ne retient guère l’attention de La Bruyère, pour qui l’homme croupit dans le même. Sur ce point, le moraliste est plutôt en recul sur son temps il est peu réceptif à ce que Philippe Ariès appelle le sentiment de l’enfance », c’est-à-dire une conscience de la particularité enfantine, cette particularité qui distingue essentiellement l’enfant de l’adulte même jeune » op. cit., p. 177. La Bruyère propose en somme l’équivalent moral de l’identité physique que décelait l’ancienne mentalité Philippe Ariès rappelle en effet que l’art médiéval représentait l’enfant comme un homme réduit, à petite échelle » p. 12, qu’il y a là un refus d’accepter dans l’art la morphologie enfantine » p. 54, et qu’à la limite l’enfant est un nain, mais un nain qui était assuré de ne pas rester nain » p. 12. La critique a abondamment relayé et commenté ce fantasme de l’adulte en miniature. [30] Par exemple, Paris est le singe de la Cour » VII, 15, et les courtisans eux-mêmes sont les singes de la royauté » VIII, 12. Cf. ce que dit Philippe Ariès de l’esprit d’émulation des enfants qui les pousse à imiter les procédés des adultes, en les réduisant à leur échelle » op. cit., p. 97. [31] Cette remarque date également de la quatrième édition. [32] G. Genette, L’univers réversible », Figures I, Paris, Le Seuil, coll. Points Essais », 1966, p. 20 ; souligné par l’auteur. [33] Nous rejoignons une nouvelle fois Hélène Cazes Définie en creux, toujours en relation avec l’autre que constituent l’adulte, le parent, le maître, le médecin, le fidèle, l’enfance est à la fois universelle et étrangère » art. cité, p. XXI.
Dissertationrédigée : Les Caractères de La Bruyère - L'Étude Marseille. 04 91 28 59 96. Immeuble HQ 180 Avenue du Prado, 3ème étage, 13008 Marseille. Se connecter.
La Bruyère a traduit Les Caractères de Théophraste, du grec au français. Au fur et à mesure des éditions, il ajoute ses propres caractères "ou les mœurs de ce siècle". L'auteur y traite de divers sujets, comme l'esprit, le mérite, les femmes, le cœur, la conversation. Il analyse surtout l'esprit de la cour, les injustices, les jugements. L'œuvre est pleine d'humour même si elle est plutôt pessimiste. Elle est faite de portraits, de scènes de la vie de tous les jours. On parle parfois de drames ou de petites comédies, ou encore de maximes, dissertations ou sermons. La Bruyère s'inspire de Montaigne, Pascal et La Rochefoucauld. Il se fait donc moraliste, puisque le but est d'amuser et d'instruire en parlant des moeurs de son époque. Son œuvre se fonde donc sur l'argumentation. ISur l'auteur Jean de La Bruyère est né à Paris en 1645. Il est éduqué au collège de l'ordre des oratoriens, puis il passe une licence de droit. Il achète un office de trésorier à Caen. En 1684, il devient le précepteur du petit-fils de Condé, un poste qui va beaucoup lui servir et lui permettre de gagner de l'importance. Les Caractères est son œuvre la plus connue. L'ouvrage est réimprimé plusieurs fois l'année de sa Bruyère entre à l'Académie française en 1693. Il meurt trois ans plus tard d'une crise d'apoplexie. IIDes textes satiriques ALes cibles Dans sa préface, La Bruyère explique qu'il veut mettre à jour les vices humains pour mieux les corriger. Il a pour cibles principales l'Église, la monarchie et la Bruyère s'attaque aussi aux riches, à la haute bourgeoisie et à l'aristocratie. Il est très virulent. Il dénonce la corruption et l'injustice de la société. Il montre comment les plus démunis sont toujours les victimes du gouvernement. Le tiers état est réduit à la misère. L'auteur conteste les valeurs en place et demande plus de justice, plus d'attention portée à ceux qui en ont vraiment besoin. Il s'inscrit dans ce sens dans le mouvement des Lumières qui va naître un peu plus tard, au XVIIIe siècle. BUne satire Pour se moquer, La Bruyère utilise principalement la satire. Dans "De la cour", il fait une critique sévère de la débauche et de l'alcoolisme qui règne à la cour. Il souligne la coquetterie des femmes et critique l'hypocrisie et la dissimulation. Il explique ainsi comment les hommes portent des perruques pour mieux se au-delà de la satire de l'aristocratie, La Bruyère offre une satire de la monarchie et du roi divin. Il dénonce la soumission totale au monarque, et montre comment finalement le roi prend la place de Dieu dans ce genre de gouvernement. La tonalité du texte est donc très virulente."De la cour", Les Caractères IIIUne œuvre classique qui s'appuie sur les portraits AUn portraitiste Le succès et l'intérêt de l'œuvre reposent en grande partie sur la façon dont l'auteur fait des portraits. En effet, il a un sens du détail et de l'observation très prononcé. Il est très pittoresque, il utilise beaucoup d'anecdotes. Il sait peindre la personnalité d'un homme en quelques Bruyère use de beaucoup de procédés littéraires et principalement d'ironie. Il donne une dimension universelle à ces portraits, car chaque portrait devient une illustration d'un défaut, d'un caractère, d'un vice. On se détache du singulier pour aller vers le général, le portrait type. BLe classicisme Les Caractères s'inspire de plusieurs auteurs, Montaigne, Homère, Térence, Virgile, Molière, Corneille et Racine. Parmi ses contemporains, La Bruyère apprécie particulièrement Boileau et La Fontaine. Il se place donc dans la lignée du classicisme. Il respecte la bienséance, le bon goût, il travaille précisément sur la langue. Il imite surtout les Anciens, comme la Querelle qui oppose les Anciens et les Modernes, La Bruyère prend le parti des anciens. Les mœurs et les règles classiques sont à défendre. Lorsque La Bruyère est élu à l'Académie française en 1693, on parle de victoire des Anciens. Pourtant, l'étude de son œuvre montre bien qu'il s'oppose à certaines choses liées au classicisme, et on le rapproche parfois d'un Moderne.
LesCaractères livre 5 à 10 contient 380 remarques séparés en 6 parties, chacune sur un thème différent, où la bruyère décrit et critique la société qui l'entoure et à travers des portrait satirique dresse le portrait de l’honnête Homme. 1 er livre: De la société et de la conversation / La Bruyère, les Caractères extrait. Dans le chapitre De la cour des Caractères, La Bruyère prend le contre-pied de l'imagerie flatteuse répandue dans la littérature sur le personnage du courtisan. Ce portrait, passant d'une anecdote amusante à une pointe assassine, servi par un style léger comme celui d'une conversation, une rhétorique souple mais efficace, souligne la petitesse du comportement en regard de la grandeur des ambitions, la prolixité et l'aisance, inversement proportionnelles à la sincérité... Moraliste lucide, La Bruyère sait admirablement identifier, sous les traits du courtisan du Grand Siècle, un type humain universel, celui de l'arriviste. Les Caractères de Jean de La Bruyère N'espérez plus de candeur, de franchise, d'équité, de bons offices, de services, de bienveillance, de générosité, de fermeté dans un homme qui s'est depuis quelque temps livré à la cour, et qui secrètement veut sa fortune. Le reconnaissezvous à son visage, à ses entretiens ? Il ne nomme plus chaque chose par son nom ; il n'y a plus pour lui de fripons, de fourbes, de sots et d'impertinents celui dont il lui échapperait de dire ce qu'il en pense, est celui-là même qui, venant à le savoir, l'empêcherait de cheminer ; pensant mal de tout le monde, il n'en dit de personne ; ne voulant du bien qu'à lui seul, il veut persuader qu'il en veut à tous, afin que tous lui en fassent, ou que nul du moins lui soit contraire. Non content de n'être pas sincère, il ne souffre pas que personne le soit ; la vérité blesse son oreille il est froid et indifférent sur les observations que l'on fait sur la cour et sur le courtisan ; et parce qu'il les a entendues, il s'en croit complice et responsable. Tyran de la société et martyr de son ambition, il a une triste circonspection dans sa conduite et dans ses discours, une raillerie innocente, mais froide et contrainte, un ris forcé, des caresses contrefaites, une conversation interrompue et des distractions fréquentes. Il a une profusion, le dirai-je ? des torrents de louanges pour ce qu'a fait ou ce qu'a dit un homme placé et qui est en faveur, et pour tout autre une sécheresse de pulmonique ; il a des formules de compliments différents pour l'entrée et pour la sortie à l'égard de ceux qu'il visite ou dont il est visité ; il n'y a personne de ceux qui se payent de mines et de façons de parler qui ne sorte d'avec lui fort satisfait. Il vise également à se faire des patrons et des créatures il est médiateur, confident, entremetteur il veut gouverner. Il a une ferveur de novice pour toutes les petites pratiques de cour ; il sait où il faut se placer pour être vu ; il sait vous embrasser, prendre part à votre joie, vous faire coup sur coup des questions empressées sur votre santé, sur vos affaires ; et pendant que vous lui répondez, il perd le fil de sa curiosité, vous interrompt, entame un autre sujet ; ou s'il survient quelqu'un à qui il doive un discours tout différent, il sait, en achevant de vous congratuler, lui faire un compliment de condoléance il pleure d'un oeil, et il rit de l'autre. Se formant quelquefois sur les ministres ou sur le favori, il parle en public de choses frivoles, du vent, de la gelée ; il se tait au contraire, et fait le mystérieux sur ce qu'il sait de plus important, et plus volontiers encore sur ce qu'il ne sait point. Source Beaumarchais Jean-Pierre de et Couty Daniel, Anthologie des littératures de langue française, Paris, Bordas, 1988. Microsoft Encarta 2009. © 1993-2008 Microsoft Corporation. Tous droits réservés.
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Lesujet de dissertation porte sur une question d’ordre littéraire ou général en rapport avec le domaine artistique. Le sujet est composé de deux parties principales, à savoir, l’énoncé et la consigne. Dans l’épreuve de littérature, la dissertation est le sujet de type III. Lorsqu’on veut traiter un sujet de dissertation, trois
LES CARACTÈRES LA BRUYÈRE comédie sociale Jean de La Bruyère est un moraliste classique. Il publie pour la première fois Les Carcactères ou les moeurs de ce siècle en 1688 à Paris. Or, l’écriture de cette oeuvre aurait débuté dès 1670. D’ailleurs, la réflexion et l’écriture de cet ouvrage se poursuivra jusqu’à sa mort en 1696. Ainsi, une neuvième édition paraîtra après la mort de l’auteur. En outre, l’auteur s’inspire de l’auteur grec Théophraste dont il se dit simplement le traducteur, au début des Caractères. Les livres V à X seront étudiés à travers le prisme du parcours la comédie sociale. Notre méthode complète pour réussir le commentaire condensée dans un petit guide. 1. Les Caractères de La Bruyère, analyse d’une forme moraliste L’oeuvre se compose de maximes et de portraits. A. Des maximes Ainsi, cette forme concise et frappante, utilisée avec une grande maîtrise par La Rochefoucauld est également employée par La Bruyère dans Les Caractères. B. Des portraits Mais La Bruyère montre de grands talents d’observation. Ainsi son oeuvre montre les travers humains et sociaux à travers des descriptions très fines de personnages, mettant en évidence des défauts. décalage humoristique Si les livres se succèdent selon un plan général, à l’intérieur de chaque livre, la succession des paragraphes semble plutôt suivre une succession piquante. En effet, le moraliste semble plutôt vouloir surprendre son lecteur que de respecter une architecture 5 peinture des moeursChapitre 6 idées sociales et politiquesChapitre 7 de la villeChapitre 8 idées sociales et politiquesChapitre 9 de la courChapitre 10 des Grands 3. Les Caractères de La Bruyère, analyse d’une oeuvre classique D’abord, La Bruyère présente son oeuvre avec modestie et s’inscrit dans la lignée des Anciens lorsqu’il se place dans la lignée du grec Théophraste. auteur du IIIème siècle avant JC Cette démarche apparaît comme tout à fait son écriture est vive et La Bruyère utilise la rhétorique comme dans Voyage au pays de la cour ». Il emploie effectivement un subterfuge pour faire la satire de la cour. Il prétend faire le portrait au vitriol d’un peuple de sauvage. Mais La Bruyère joue également sur des apologues. Ainsi, au chapitre X, § 9, il a recours à l’ironie pour mieux dénoncer la guerre et ses atrocités. Pour conclure, Les Caractères de La Bruyère semblent s’inscrire dans un héritage antique, comme le veut le Classicisme. Cependant, la pensée et la vivacité du style de La Bruyère est en fait très moderne et préfigure déjà la liberté de ton des philosophes des Lumières comme Voltaire ou Montesquieu. 4. La comédie sociale dans Les Caractères de La Bruyère Le théâtre Ainsi, La Bruyère fait référence à la comédie et à la Des biens de fortune », 31 Le peuple souvent a le plaisir de la tragédie il voit périr sur le théâtre du monde les personnages les plus odieux, qui ont fait le plus de mal dans diverses scènes, et qu’il a le plus haïs. » Ici, La Bruyère s’attache à analyser le goût des spectateurs pour la tragédie qui est un divertissement moral. En effet, la catharsis doit permettre au spectateur de purger ses passions. Ainsi, lorsqu’on assiste à une pièce tragique, le héros ou l’héroïne commet des erreurs, des fautes et paie de sa vie les fautes commises. Nous ressortons purgés de ces passions, autrement dit, nous ne commettrons pas ces mêmes erreurs dans notre La Bruyère se réfère à des noms célèbres de la comédie, genre très apprécié au XVIIème Des Grands », 50. Aussi les Pamphiles sont-ils toujours comme sur un théâtre gens nourris dans le faux, et qui ne haïssent rien tant que d’être naturels ; vrais personnages de comédie, des Floridors, des Mondoris. » Ainsi, La Bruyère dénonce l’hypocrisie en s’appuyant sur des noms de comédiens célèbres à l’époque. Une écriture dramatisée théâtralisée Effectivement, La Bruyère prend appui sur une écriture vivante, des petites scènes Des Grands », 37. Quelqu’un vous dit Je me plains d’un tel, il est fier depuis son élévation, il me dédaigne, il ne me connaît plus. — Je n’ai pas, pour moi, lui répondez-vous, sujet de m’en plaindre ; au contraire, je m’en loue fort, et il me semble même qu’il est assez civil. Je crois encore vous entendre vous voulez qu’on sache qu’un homme en place a de l’attention pour vous, et qu’il vous démêle dans l’antichambre entre mille honnêtes gens de qui il détourne ses yeux, de peur de tomber dans l’inconvénient de leur rendre le salut ou de leur sourire. » Ainsi, nous le voyons les brèves répliques, les tirets, les guillemets suffisent à donner vie à une parole. La Bruyère donne vie à la morale. Le théâtre du monde D’abord, la théâtralité permet de dénoncer le règne des illusions. Or, la métaphore du théâtre du monde est très en vogue à l’époque classique. Un grand nombre d’auteurs et de pièces baroques prennent appui sur cette métaphore, citons Shakespeare dans Macbeth ou La tempête, Les illusions comiques de Corneille, La vie est un songe de Pedro Calderon de la que dit cette métaphore de notre monde? D’abord, elle s’inscrit dans un référent religieux avec un Dieu démiurgique. Ainsi, chaque individu vit dans l’illusion qu’il est libre et joue son rôle dans une vaste De la cour », 99. Dans cent ans, le monde subsistera encore dans son entier ce sera le même théâtre et les mêmes décorations, ce ne seront plus les mêmes acteurs. » Ainsi, nous pouvons le constater, cette métaphore du theatrum mundi donne à voir la vanité de la vie humainePar ailleurs, La Bruyère veut donner à voir les faux semblants. Pour cela, il montre l’envers du décor théâtral. Au fond, ce sont les artifices qu’il veut mettre en Des biens de la fortune », 25 Si vous allez derrière un théâtre, et si vous nombrez les poids, les roues, les cordages, qui font les vols et les machines ; si vous considérez combien de gens entrent dans l’exécution de ces mouvements, quelle force de bras, et quelle extension de nerfs ils y emploient, vous direz Sont-ce là les principes et les ressorts de ce spectacle si beau, si naturel, qui paraît animé et agir de soi-même ? » Vous vous récrierez Quels efforts ! quelle violence ! » De même n’approfondissez pas la fortune des partisans. » Pour aller plus loin, d’autres fiches peuvent t’aider –Biographie de La Bruyère –Les Caractères de La Bruyère texte intégral+ PDF –Gnathon explication linéaire Navigation des articles
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